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vendredi 2 mars 2012

Thinking


Toutes les théories auxquelles j'avais cru, toutes les lois et règles que j'avais respecté, toutes les questions que se pose secrètement l'inconscient des êtres depuis la nuit des temps, tout cela s'effaça et s'écroula en moins d'une fraction de seconde, pour ne laisser apparaître que l'évidence même pour laquelle j'étais née et que j'attendais sans le savoir depuis toujours : lui. Pour la première fois depuis longtemps, je souris vraiment. Mais pas de ces sourires coincés, forcés, glissés sous les yeux des autres comme des enveloppes dans une boîte aux lettres, histoire qu’on nous fiche la paix. Histoire de dire que tout va bien alors qu’en nous c’est la tempête, le tsunami. On a envie de crier, crier à la face du vent qu’on est rien du tout, rien du tout sans ce putain de vent, et de tourner, tourner sans fin en regardant le ciel qui nous appartient un peu quand même. C’est ce qu’on se dit à chaque fois.
Ce sourire-là était comme l’éclosion de la première fleur du monde, le premier de ma nouvelle vie. 

mercredi 7 décembre 2011

Chaque pas contre le temps


Ses sourcils légèrement froncés lui donnaient une expression de doute, presque tourmentée. On aurait vraiment dit un ange perdu sur Terre.
Je voyais son visage comme un de ces visages parmi ceux qui doivent être aimés, ils ne peuvent être qu'aimés. J'avais envie de toucher du bout des doigts cette peau parfaite qui avait l'air si douce, j'aurais voulu la parcourir en partant de la tempe, puis le long de la joue, et enfin dans le creux du cou. C'était une sensation horrible, je ne comprenais pas pourquoi ce visage m'attirait autant. Sa délicatesse teintée de mystère m'inspirait une sorte de peur. 


mardi 6 septembre 2011

Prologue


"Les serments sont dits
Pour être brisés
Les sentiments sont intenses
Les mots sont dérisoires
Les plaisirs restent
Il en est de même pour la douleur
Les mots n'ont pas de sens
Et peuvent s'oublier."



                      
 J’allumai une cigarette devant les portes vitrées de l’aéroport, assise sur mon unique valise, tout en fixant sans le voir le bitume mouillé de pluie. Le ciel gris brouillait l’horizon, le vent transportait de lourds nuages en direction du sud et faisait voler les chevelures qu’une main agacée repoussait sans cesse afin d’y voir plus clair dans la faible lumière du soir. Des gens montaient dans des taxis, d’autres en sortaient. Et moi, j’allais loin, très loin, je le savais. Je devais aller loin, n’importe où, mais en sachant que cette distance ne ferait qu’empirer les choses.
Arrivée à la fin, la fin de mon petit chemin, j’ai enfin pu voir cette lumière qu’on cherche tous à atteindre, en vain car il n’y a pas de lumière. Rien qu’une vaste prairie de souvenirs entrelacés. Tout tourne autour de nous, on vacille, on tombe à terre et on recommence.
Comme quoi, il suffit de vraiment peu de temps pour changer une vie. Une année peut en valoir au moins dix, parfois.



Tout était différent. Les couleurs avaient changé, s’étaient mué en des nuances plus complexes et variées, avaient évolué, ou disparu. L’odeur du pain ou du chocolat avait changé aussi, et le grain de la texture des ballons de basket. Tout était à la fois si semblable et différent.
Enfin, bref. Quelle importance, au fond ? Quelle est l’importance à tout cela, puisqu’à la fin du jeu, on meurt tous ?
Mes yeux dérivèrent en direction du ciel. Même là il n’y avait pas assez de place.
Je leur ai promis de me souvenir. Car c'est ce qu'il y a de mieux, les souvenirs, quand plus rien d'autre n'existe. Je leur ai promis de ne jamais oublier, du moins du mieux que je peux. Car ils ont marqué beaucoup plus que n'importe qui d'autre ma mémoire et mon cœur. Ils ont su faire de moi quelqu'un de mieux. J'ai changé avec eux, je suis devenue quelqu'un d'autre. Je pourrais les remercier des centaines de fois ou encore leur promettre de les revoir, mais le temps sépare les chemins, vous le savez. Alors je leur promets de me souvenir. De tout ce qu'on a traversé, mais surtout de nous. Nous sommes la plus belle histoire jamais racontée…